Les non-humains de la communauté

La place des robots dans Wikipedia.

Chacun sait que les bots font beaucoup d’éditions sur les différentes wikipedia. Mais paradoxalement dans les études sur Wikipédia, l’action et l’influence des bots est toujours négligée, jugée marginale ou bien simplement assimilée à celle des humains.

Compte-rendu d’un papier dans la revue de sociologie d’une faculté allemande. Les bots de wikipédia servent de prétexte à une étude dans le domaine à la mode de l’analyse des réseaux sociaux. Le papier ne porte pas sur l’aspect technique des robots (programmation). D’ailleurs ce papier, rédigé par deux étudiants, est intéressant dans le contexte d’une découverte des bots de Wikipédia ; mais pour le reste…

Robot pour attirer les lecteurs (CC: Pascal Gautier)

L’étude porte sur la Wikipedia en allemand (DE). Les auteurs ont notamment utilisé les données et statistiques du Toolserver (un ensemble d’ordinateurs en Allemagne hébergeant de nombreux outils et logiciels utilisé par les projets Wikimedia).

Source :

Robin D. Fink et Tobias Liboschik, « Nicht-menschliche Mitglieder der Wikipedia-Gemeinschaft », in Soziologisches Arbeitspapier, n° 28, déc. 2010, Dortmund : Technische Universität, ISSN 1612-5355 lien

Approche

En moyenne sur la Wikipedia allemande fin 2010, durant une semaine, 60 bots étaient actifs et produisaient 10% du « volume » [?] total des éditions (15% du nombre), ce qui équivaut au volume d’éditions des IP.

Depuis 2007, sur la wikipedia allemande, les éditions des comptes enregistrés stagnent et les éditions des IP diminuent régulièrement (et depuis 2008, les éditions d’IP sont vérifiées avant publication). Le nombre d’éditions par les bot augmente régulièrement au fil des années (et dépassera bientôt celui des IP). Puisque le nombre de bots actifs ne varie pas, les auteurs en déduisent que les bots deviennent de plus en plus intelligents et agissent sur de plus en plus d’articles.

Dans le contexte de la gestion des tâches (informatique), la chose étonnante sur Wikipedia, c’est que des tâches telles que la correction typographique et la catégorisation, qui pourraient organisées de manière centralisée, sont dispersées à travers différents bots. Parfois ces bots fonctionnent sur les ordinateurs de leurs programmeurs et sont donc complètement indépendants de la structure technique de Wikipedia.

L’étude des tâches des bots n’est pas intéressante dans le contexte de la robotique ou l’informatique : ils font des corrections très basiques et simplistes, et ne rédigent pas de longs textes. Mais les bots intéressent les auteurs dans le contexte des chaînes d’interactions entre humains et programmes.

Comparaison bots/humains

Sur la Wikipedia allemande, 75% des bots ont contribué plus que la moyenne des humains enregistrés. Ce chiffre est lié au nombre d’éditions, et pas la qualité de l’édition. Car évidemment les bots ne font pas de gros ajouts de texte.

Les bots sont présents dans tous les espaces wikipédiens. Relativement aux humains, ils se distinguent en réalisant presque 80% des éditions de l’espace catégorie (humains 20%). Ceci s’explique par l’aspect mécanique de la catégorisation.

En analysant seulement les éditions des bots, il apparait que les bots interviennent en majorité dans les articles (68%), suivi de l’espace wikipedia (8%), Discussion des article (6%), page utilisateur (5%), discu utilisateur (5%), catégories (2%)

Domaines d’activité 

Pour plus 120 bots actifs sur la wikipedia allemande, les domaines d’activité ont été différenciés ainsi :

  • gestion des liens interwiki (86) : Ce nombre élevé s’explique : un programme standard de bot interwiki est disponible (pywikipedia) et la tâche est facile à programmer. De même beaucoup de ces robots interwiki agissant sur la wikipédia allemande proviennent de programmeurs issus des wikipédias d’autres langues.
  • tâche administrative (10) : archivage, renommage et organisation des grosses pages de discussion
  • correction de lien cassés (9),
  • gestion des catégorisation (6),
  • actualisation de modèles (5), Si un modèle est amélioré il faut parfois mettre à jour les articles l’utilisant
  • correction syntaxe et typo (4)
  • description d’image (licences) (3),
  • maintenance de liste (pour portails) (2)
  • détection vandalisme (1),
  • rédaction d’article (0), bien que quelques rares bots importent des données externes (cité l’exemple de l’importation de coordonnées [?] sur la wikipédia française)

Les éditions des bots sont répétitives et seraient ennuyeuses pour des humains. C’est le motif invoqué pour l’usage des bots. Les auteurs constatent que l’activités des bots correspond effectivement à la description qui en est faite sur les pages d’explications de Wikipedia.

Si leurs tâches simples et répétitives semblent montrer que les bots de Wikipedia ne sont pas très intelligents, il apparait néanmoins que certains bots réalisent des actions plus complexes dans le contexte des chaines d’interaction humaines. Par exemple, en analysant les éditions ultérieures à leur propre intervention sur un article, ou bien en initiant une intervention humaine à la suite de son action.

Pour illustrer ou expliquer plus simplement, je mentionne par exemple ces bots qui laissent des messages en page de discussion et invitent les contributeurs corriger des liens cassés. Ils initient une action. Ou bien Salebot qui analyse (je crois) les révocations ultérieures de ses propres actions ; un algorithme pour lui permettre de « mieux interagir » avec les humains.

Conception hybride de bots

Les auteurs parle de « bots hybrides » pour qualifier des programmes comme Interwiki Link Checker (IWLC),  où les actions du programme (bot) sont supervisées par l’humain qui répond par « oui », « non », « je ne sais pas » pour déterminer si un article en langue étrangère correspond au thème de l’article allemand. L’équivalent sur la wikipedia en Français serait certainement les programmes AutoWikiBrowser (AWB) ou WPCleaner, dédiés à la correction syntaxique, souvent qualifiés de bots.

Les auteurs expliquent : « Das Interaktionsbeispiel hat gezeigt, dass bestimmte Akteure innerhalb der Wikipedia, ganz im Sinne von Stegbauer, bestimmte Positionen einnehmen und diese durch ihre Tätigkeiten aus- füllen. » soit à peu près :

« Cet exemple d’interaction nous montre que certains acteurs dans Wikipedia occupent des positions dans l’esprit des constructeurs de ponts, et en font leur activité à part entière. »

Pour expliquer un peu, dans leur contexte de l’analyse socio, les auteurs considèrent que les humains ont de petites interactions sociales avec les bots (cf. ci-dessus) et que les utilisateurs de bots hybrides font donc la jonction (pont, intermédiaire) entre d’un côté le groupe des bots (le réseau social des bots ? huhu), et de l’autre côté le groupe social des humains. Poétique…

Blabla

Les reste du papier est un blabla nébuleux à propos de La Sagesse des foules et le concept opposé de « sagesse d’une minorité ». Nul doute que le support théorique de ce bouquin ravira quelques wikipoliticiens. Mais bon… Le tour de piste est supporté par des juxtaposition de référence Harvard et études-aux-résultats-contradictoires, puis des supputations timides (sous forme de questions pour pas énerver). Suivi de remarques sur des coefficients de statistique (poudre aux yeux). Bref, chapitre bâclé et jongleries conceptuelles sans rigueur, de mon point de vue.

Conclusion

J’avais hier soir quelques remarques supplémentaires quand à nos bots, mais j’ai négligé de les noter.

  • J’ai trouvé intéressant le questionnement sur la conformité des actions des bots vis à vis du discours officiel (explications) sur leur usage. L’analyse du nombre d’éditions par les bots pour conclure à cette conformité, c’est super léger…
  • J’ai découvert cette mini interaction humain-bot : la notion d’initiation d’action, et le constat (à partir de quelques historiques des modifications) qu’il existe véritablement un ping-pong entre les actions des humains et des bots. Même si la réponse prend parfois plusieurs années. 🙂

Pour rester dans le thème, je vous suggère Cargo Bridge, un petit jeu Flash de construction de ponts. Gameplay agréable, mais tutoriel en anglais.

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One Response to Les non-humains de la communauté

  1. Coyau says:

    Le jeu me fait furieusement repenser à bridge builder, sur lequel j’avais passé quelques heures en son temps.

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